Qu’est que la sérendipité ?

C’est pour Sylvie Catelin , chercheuse française en sciences, « l’art de découvrir ou d’inventer en prêtant attention à ce qui surprend et en imaginant une interprétation pertinente » .

Une découverte est aussi un processus actif. En archéologie et en sciences celui qui découvre est donc appelé inventeur.

Initialement le terme de sérendipité était anglais : serendipity . Il a été créé par un écrivain, Horace Walpole, en référence à un conte « voyages et aventures des trois princes de Serendip » de Cristoforo Armeno datant de 1557. Il l’a utilisé pour la première fois dans une lettre du 28 janvier 1754 à son ami Horace Mann, diplomate du roi George II à Florence . Dans sa lettre, il remercie son ami de lui avoir fait cadeau du portrait de Bianca Cappello, qui avait épousé François 1er de Médicis en 1579, et dit qu’il vient de résoudre une énigme en feuilletant un vieux livre sur les armoiries et en découvrant que le blason de la famille vénitienne des Cappello contenait une fleur de lys, emblème des Médicis, indice de la reconnaissance d’une alliance entre les deux familles :

« Cette découverte est presque de l’espèce que j’appelle serendipity, un mot très expressif que je vais m’efforcer, faute d’avoir mieux à vous narrer, de vous expliquer : vous le comprendrez mieux par l’origine que par la définition. J’ai lu autrefois un conte de fées saugrenu, intitulé Les Trois Princes de Serendip : tandis que leurs altesses voyageaient, elles faisaient toute sorte de découvertes, par accident et sagacité, de choses qu’elles ne cherchaient pas du tout : par exemple, l’un des princes découvre qu’un chameau borgne de l’œil droit vient de parcourir cette route, parce que l’herbe n’a été broutée que sur le côté gauche, où elle est moins belle qu’à droite — maintenant saisissez-vous le sens de serendipity ? »

Le mot forgé par Walpole sommeille  pendant un siècle puis au cours des années 1940,  est repris à l’université de Harvard, glissant de la sphère littéraire à celle des scientifiques. Walter Bradford Cannon, physiologiste, intitule en 1945 un chapitre de son livre The Way of an Investigator « Gains from Serendipity » et donne de la sérendipité la définition suivante : « La faculté ou la chance de trouver la preuve de ses idées de manière inattendue, ou bien de découvrir avec surprise de nouveaux objets ou relations sans les avoir cherchés ». En 2014, l’office québécois de la langue française redéfinit la sérendipité comme la « faculté de discerner l’intérêt, la portée d’une découverte inattendue lors d’une recherche ».

Des exemples classiques de sérendipité sont la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming, le velcro par Georges de Mestral.

Qui choisir de mieux en rythmologie française que Philippe Coumel et Michel Haissaïguerre comme exemples de « sérendipitistes » ?

 Philippe Coumel exerçait à Lariboisière temple de la rythmologie parisienne maintenant émigré à l’hôpital Bichat, Il lui a suffi d’un seul cas qui lui avait été adressé de Nancy pour décrire la tachycardie jonctionnelle chronique. Il explora la patiente, acquit la conviction qu’il s’agissait d’une réentrée et la traita avec succès par une stimulation double chambre. Il montra ensuite sur d’autres cas – en capturant l’oreillette par une ESV tardive, alors que le faisceau de His ne pouvait pas conduire car il était dépolarisé en antérograde – qu’il y avait une voie accessoire rétrograde ventriculo-atriale. Un peu tard, il ne lui fallut que quelques observations d’un centre de cure pédiatrique parisien pour décrire les tachycardies ventriculaires catécholergiques. D’emblée, la note était mise sur l’importance des catécholamines dans le démarrage des crises. Se consacrant ensuite au Holter en s’éloignant de l’électrophysiologie, il découvrit le nycthémère, le rôle du système nerveux autonome et l’utilité des bêta bloquants en cardiologie. Son raccourci lumineux de la rythmologie dans un triangle dont les sommets représentent le substrat arythmogène, l’extrasystole déclenchante et la modulation neurovégétative est partout conservé.

   Le triangle de Coumel

                          

 Michel Haissaïguerre quelques décennies plus tard, à Bordeaux , étudiait les oreillettes pour faire par ablation, des cloisonnements approchant ceux du Maze chirurgical, d’abord dans l’oreillette droite puis dans l’oreillette gauche. Il n’avait rien à faire dans les veines pulmonaires. Il y entra comme tout le monde, au cours des manipulations mais lui, y découvrit des activités électriques très rapides – on ne savait pas que les veines pulmonaires à leur origine pouvaient avoir des fibres musculaires reliées à l’oreillette gauche. Les FA focales étaient nées, elles étaient paroxystiques. Il les supprima avec succès par une ablation focale. L’élargissement systématique de la thérapie aux quatre veines pulmonaires a été simplifié par leur isolement électrique de la paroi atriale (ablation antrale) . C’est depuis la base du traitement radical de la FA. Plus tard, s’interessant aux morts subites et aux fibrillations ventriculaires il reprit les tracés dont ceux de la longue série de Belhassen et Viskin qui dans 30% des cas avaient une onde J de repolarisation précoce. Les auteurs ne les reconnurent qu’à postériori. A leur décharge, ils avaient les premiers insisté sur la place de la quinidine comme traitement des FV en apparence idiopathiques  comme auparavant celle du verapamil dans les tachycardies fasciculaires. Dans l’institut de recherche Lyric qu’il a monté et dirige à Bordeaux, la FV conserve une place de choix.

Les « serendipitistes » sont vifs et inventeurs. Ce sont des personnes préparées, très impliquées et endurantes. Ils aiment ce qu’ils font et en rêvent. On prête à Nelson Mandela une phrase qui pourrait leur convenir :

« Un gagnant est juste un rêveur qui n’a jamais cédé »