Un article du JACC de mars dernier faisait la revue des complications cardiovasculaires du bloc interatrial (Cardiovascular Complications of Interatrial Conduction Block , JACC State-of-the-Art Review  79 , 12, 2022:1199-1211).

Le bloc interatrial est un trouble conductif entre l’oreillette droite et l’oreillette gauche à travers le faisceau de Bachmann (FB).

L’existence de ce faisceau a été rapportée par cet auteur en 1916, sous la forme d’une structure en bande reliant le toit des deux oreillettes et assurant la conduction interatriale. Deux ans avant cette description Sir Thomas Lewis avait déja remarqué que la vitesse de conduction dans les oreillettes dépendait de l’orientation des fibres myocardiques.

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BB : faisceau de Bachmann, RA : oreillette droite, RAA : auricule droit, SVC : veine cave supérieure, PV : veine pulmonaire, LA : oreillette gauche, LAA : auricule gauche

On sait que des troubles conductifs atriaux au même titre que la taille de l’oreillette gauche favorisent la FA (Bayes de Luna). Le retard de conduction interatrial est surtout lié au temps de conduction dans le FB.
Le bloc peut être partiel (durée de P ≥ 120ms, bloc du 1er degré), intermitent (bloc du 2eme degré) ou complet (durée de P ≥ 120 ms avec une morphologie biphasique particulière dans les dérivations inférieures, bloc du 3eme degré) .

Ce bloc est assez fréquent, sa présence augmente avec l’âge, il est associé avec les cardiopathies ischémiques et valvulaires, l’HTA, l’apnée du sommeil.

Il était initialement considéré comme bénin mais les formes complètes sont en particulier apparues à risque de survenue de FA (50% à 6 ans si bloc complet), d’AIT en rythme sinusal, de troubles cognitifs et d’une mortalité accrue.

Mais est il responsable ou seulement un marqueur ?

Les études histologiques ont identifié une fibrose atriale à son origine, mais elle n’est jamais limitée au faisceau de Bachmann, ce qui implique l’association à des troubles de conduction intra-auriculaire. Ces derniers se traduisent également par un élargissement de l’onde P, et en dehors de l’aspect ECG caractéristique du bloc complet du faisceau de Bachmann, on ne peut distinguer sur cet élargissement trouble conductif inter et intra-atrial.

Cette fibrose atriale est également le substrat de la FA et on retrouve d’ailleurs une valeur prédictive forte de survenue de FA avec l’augmentation de durée de P et de sa dispersion > 40ms ( différence entre durée de P minimale et maximale sur ECG 12 dérivations).

Considérant l’implication des troubles conductifs interatriaux dans la survenue de FA, on pouvait penser que la stimulation auriculaire dans la région d’insertion droite du faisceau de Bachmann aurait un effet bénéfique. Les études comparant stimulation de l’auricule droit ou région septale haute dans la dysfonction sinusale se sont montrées décevantes malgré un racourcissement significatif de l’onde P electro-entrainée vs spontanée dans la région d’interet.

A l’inverse, à l’heure des ablations extensives à l’étage auriculaire pour supprimer la FA, on peut se poser la question de l’effet délétère  des troubles conductifs qui en découlent, ceci d’autant plus que certaines tachycardies atriales survenant après ces ablations dépendent du FB qui doit alors être bloqué.