Ce tracé récemment publié (D Bhasin Circulation 2021;143:2312–2315 ) est très évocateur d’une intoxication digitalique d’abord en raison d’une repolarisation ventriculaire en cupule, avec T aplati et QT court (280 ms), qui sont des signes banaux d’imprégnation mais aussi en raison d’arythmies (bloc sino-atrial et BAV nodal de type Wenckebach). Sur un autre tracé – non montré – est noté un rythme jonctionnel accéléré non paroxystique.

Quand le rythme est lent les ondes P sont aplaties, elles sont mieux voltées quand il est rapide. Il y a peut être un bloc sino-atrial intermittent ou une bradycardie sinusale et des ESA. On note un début de période de Wenckebach  mais la 4ème onde P manque par bloc sino-auriculaire .

Le cas concerne une femme jeune qui, dans un but suicidaire, a consommé des graines de laurier jaune. Ce laurier a les mêmes feuilles que nos lauriers roses (nerium oleander)  mais ses fleurs sont jaunes (thevetia péruviana ou yellow oleander). L’intoxication est bien connue en Inde, au Sri Lanka et en Amérique du sud mais elle n’empêche pas son utilisation dans des pommades ou des médicaments à effets soit disant bienfaisants dans l’obésité ou le diabète. A Young Woman With Palpitations: A Poison or a Remedy ? titre l’article. Toutes les parties de ces plantes tropicales sont toxiques: la fleur, les feuilles et surtout le noyau des graines pour le laurier jaune. Les toxines en cause sont des alcaloïdes glycosidiques à effets cardiaques dont le mécanisme d’action est le même que celui des digitaliques auquels ils sont apparentés : blocage de la NA/K ATPase qui aboutit indirectement (échange Na/Ca) à un excès de calcium intracellulaire et à une hyperkaliémie. Dans les intoxications modérées comme dans ce cas les effets sont surtout vagaux avec des vomissements et des troubles conductifs (dépression sinusale et bloc sin-atrial, BAV nodal).

Dans les formes sévères, avec hyperkaliémie, le BAV peut être complet et des fibrillations ventriculaires réfractaires à la défibrillation peuvent survenir. La FA et les TV (bidirectionnelles) sont plus rares , contrairement aux surdosages digitaliques des cardiopathies. L’hyperkaliémie – parallèle au taux sérique de digoxine est un signe de gravité. En raison de la similitude des glycosides, leur dosage est possible à titre diagnostic, Le charbon qui diminue l’absorption intestinale du poison est utile pour les formes vues précocement. Les anticorps anti-digoxine (Fab) agissent aussi et doivent être administrés dans les formes sévères avec arythmies ventriculaires ou hyperkaliémie. Mais ils ne sont pas spécifiques des glycosides du laurier  et des doses doubles sont alors recommandées.

Laurier rose-laurier jaune :

Laurier rose (nerium oleander) : toutes les parties de la plante sont toxiques , la toxicité étant liée à l’oléandrine, un hétéroside de la 16-acétyl-gitoxigénine En France les cas d’intoxication sont en grande majorité d’origine accidentelle et concernent les enfants. Quelques cas d’ingestion de feuilles dans un but suicidaire ont également rapportés. Tous ces cas surviennent principalement dans le sud où la plante est très présente.

L’intoxication peut aussi être consécutive à l’utilisation d’une préparation artisanale en automédication pour des prétendues vertus thérapeutiques dans des affections très diverses allant de la thyroïte aux hémorroïdes en passant par le diabète ou l’obésité … La plupart des cas ont été rapportés en Turquie.

Laurier jaune (thevetia péruviana) : Les principes toxiques, présents dans tous les organes de la plante, se concentrent dans les graines logées dans une drupe où ils sont surtout représentés par la thévétine B (trioside de la digitoxigénine) et plus d’une trentaine de cardénolides et 19-norcardénolides (thévétine A et autres). L’ingestion volontaire de graines de C. thevetia est responsable d’un grand nombre de suicides dans le sud-est de l’Asie, en particulier au Sri Lanka ou des séries de centaines de cas ont été publiées  et continuent de l’être. Les cas imputables à un usage médicinal du laurier-jaune semblent exceptionnels.

Bibliographie :

Veronika B , Scott A. Weinstein , J White , M Eddleston : A review of the natural history, toxinology, diagnosis and clinical management of Nerium oleander (common oleander) and Thevetia peruviana (yellow oleander) poisoning Toxicon 56 (2010) p273–281