Le tracé montre deux anomalies en rythme sinusal :1) des ondes P amples et pointues en II ,III et aVF 2) un sus-décalage de ST et T en précordiales droites inhabituel à cet âge où les ondes T sont habituellement négatives .

Le tracé du bas a des QRS larges à type de retard gauche. La pente de Q est lente en V1, il y a une transition précoce en précordiales droites.  A première vue, il n’y a pas de dissociation AV formelle.  En V3, l’indentation terminale est curieuse et différente d’un complexe à l’autre. C’est une onde P très voltée en isorythmie avec le QRS. Et si l’on regarde bien V6, les QRS ne sont pas identiques surtout le premier et le quatrième. Il s’agit d’une TV. Les différences de morphologie de QRS s’expliquent par des fusions entre l’ectopie et l’activité transmise par les ondes P qui les précèdent. L’exploration avec essai de déclenchement de la tachycardie par stimulation avait été négative. Cette enfant avait des phéochrocytomes multiples trouvés ultérieurement.

Dans les phéochromocytomes, la sécrétion permanente ou paroxystiques de catécholamines s’accompagne d’ondes T négatives en précordiales droites, parfois même de sus-décalage de  ST (parenté avec le Tako Tsubo). On sait moins que des tachycardies ventriculaires peuvent survenir et qu’il existe dans près  de la moitié des cas des anomalies de l’onde P.

Cette observation remémore à l’un de nous (RG) le cas d’un patient  hospitalisé pour un infarctus avec sus-décalage de ST. Il allait mal, avait une HTA incontrôlable et des hématémèses sous anticoagulants. Son ECG comportait des sortes de torsades, en fait des fusions variables entre une grande tachycardie sinusale et une TV dont les fréquences étaient voisines (comme dans le cas présenté) avec une pseudo préexcitation quand le ventriculogramme ectopique précédait la dépolarisation sinusale. Ce patient avait du être opéré en urgence pour vérifier son estomac. Il était normal. A l’époque le cardiologue se déplaçait en salle d’opération pour suivre les patients délicats et difficiles. Il avait alors été demandé au chirurgien de palper les loges surrénales. Une tumeur surrénale gauche avait été découverte et enlevée. C’était un phéochromocytome. Les suites avaient été simples. A cette époque on ne faisait pas de coronarographie en urgence dans les STEMI. On sait maintenant faire facilement le diagnostic par le dosage des métanéphrines et le scanner corps entier, Tous les phéochromocytomes ne sont pas bénins.  Une  enquête familiale et génétique est nécessaire.