En 1889, l’ECG  n’était pas disponible et le diagnostic de tachycardie reposait sur un interrogatoire et un examen clinique rigoureux. Cette année là, Léon Bouveret, un agrégé et médecin des Hôpitaux de Lyon, livrait dans deux numéros successifs de la Revue de Médecine, une analyse détaillée de douze observations dont trois personnelles et neuf précédemment publiées, de tachycardies essentielles c’est à dire sans cardiopathie repérable. A côté, figuraient six cas européens dont l’origine secondaire était certaine (trois valvulaires) ou discutable (« intestinale post prandiale », « ovarienne ») et qui sans doute auraient pu être rangées dans le premier groupe.

Etaient systématiquement notées en crise, la fréquence cardiaque (de 160 à 250/ min), la régularité et les signes associés: insuffisance cardiaque, syncope, angor, mais aussi polyurie per-critique (rapportée depuis à la secrétion d’ANP) , pulsatilité jugulaire (particularité de la tachycardie nodale par superposition des contractions atriales et ventriculaires),  réduction par des mouvements respiratoires ou compression cervicale en précisant vouloir viser le pneumogastrique en arrière de la carotide.

Mais, si les tachycardies étaient dites essentielles, elles n’étaient pas sans gravité avec 5 décès dans leur évolution . En France, on assimile pourtant le terme de Bouveret  à une tachycardie bénigne et on a même étendu la dénomination de tachycardies bénignes à celles des tachycardies ventriculaires en salves de Louis Gallavardin ( Bouveret ventriculaire) , autre lyonnais qui a décrit  les tachycardies de voie de sortie des ventricules. On assimile aussi la maladie de Bouveret à la tachycardie nodale la plus fréquente du groupe des tachycardies jonctionnelles qui englobent outre ces  tachycardies nodales, les réentrée des voies accessoires et les tachycardies jonctionnelles ectopiques beaucoup plus rares.

D’un point de vue strictement scientifique, le terme de maladie de Bouveret devrait donc être rejeté car il n’est ni assez précis ni prédictif de bénignité. Mais les éponymes ont la vie dure et Bouveret est un pionnier qui a fait une  niche difficile à supprimer.

Bibliographie :

L Bouveret : de la tachycardie essentielle paroxystique Revue de Medecine 1889,IX: 753-96 et 837-55